Un bar pirate en béton armé sous les arbres au bord du fleuve, tenue par un personnage taiseux que tout le monde appelait comme son bar : bleubleu. C’était, un peu punk, convivial et bucolique et ça à durée plusieurs décennies. Nous n’en savons pas beaucoup plus. Ceci est un article pour collecter ce qui peut l’être et faire un appel à celles et ceux qui voudraient partager plus d’élément. C’est un premier récit subjectif avec quelques photos et sons collectés de ci de là.
Gilbert Vivien dit Bleu Bleu décède le 23 novembre 2020. On ne sait pas à quel âge, personnellement de ce que je m’en souviens je l’ai toujours connu vieux. Je le croisais souvent au début des années 2000, nous partagions la même grande surface pour faire nos courses. Et puis bien évidemment je le croisais dans son fief de béton armé en bord de Garonne.
Je n’arrive pas à me souvenir quand est-ce que je vais pour la première fois dans cet endroit, très certainement à la fin des années 90. Il me semble alors que le lieu est déjà là depuis longtemps, mais je ne sais pas combien de temps. On m’a dit qu’au départ le bar était plus loin de la berge, comme une extension de la maison.
Quand je l’ai connu il y avait déjà des terrasses sur le bord du fleuve, faites de béton, de brics et de brocs. Le tenancier des lieux n’était pas spécialement dans le contact ou l’animation. On pouvait lui commander des boissons, pas toujours fraiches, mais aussi bien amener les nôtres. Malgré que le lieu n’ait pas du tout l’air d’une guinguette branchée, ça n’empêche pas un site de restaurant de le référencer, avec quelques très belles photos d’ailleurs.
En septembre 2020 par une chaude fin d’après midi d’automne, je capte un peu de l’ambiance du bleu bleu. J’ai encore en tête la douceur de la lumière et la tranquillité. Ce lieux avait déjà été menacé plusieurs fois depuis 20 ans, je crois même détruit et reconstruit. Ce genre d’endroit que l’on croit être là pour toujours, comme le fleuve lui même.
Pourtant, Bleubleu décède et avec lui le sortilège qui retenait éloigné les sbires de la métropole et autres prédateurs. Les lieux sont dégradés.
Et très vite il semble évident que l’usage du lieux va disparaitre avec son principal référent. Des personnes vont s’organiser pour tenter de sauvegarder le Bleu Bleu. En particulier une pétition et divers actions auront lieu. Quelques communiqué ont été publiés ici.
Le 5 décembre la mairie entreprend la démolition du lieu, et malgré les personnes réunit pour défendre l’endroit rien n’y fait. Il ne restera bientôt plus rien du Bleu Bleu.
Si vous passez par le 51 chemin de Ginestou vous verrez encore quelques traces et quelques hommages, mais rien de plus. Comment est-ce qu’une personne a pu maintenir aussi longtemps un espace de ce type ? Pourquoi est-ce que cela semble tellement impossible aujourd’hui de penser que cela puisse se reproduire ? Aujourd’hui c’est le "grand parc Garonne", la nature rendu à l’usage de tous et toutes, une "reconquête" comme se plait à dire la Mairie.
"Pourtant, cette idée de « reconquête » allume une petite lumière rouge. C’est un terme courant du vocabulaire urbanistique, qui présuppose qu’un espace peu ou pas accessible est « vide » voire « hostile » et qu’il faut l’occuper. Les usages qui en sont fait, autant par des humains que par d’autres espèces, sont soit dévalorisés soit tout bonnement ignorés. Le terme de « parc » est lui aussi loin d’être anodin, cela annonce la domestication du fleuve et de ses berges pour en faire un appendice de l’urbanisation. Une sorte d’espace décoratif, régulier et stable, maîtrisé, voué à la promenade et aux loisirs policés. La valorisation qui proclame rendre le fleuve « accessible au plus grand nombre » est avant tout un modèle d’aménagement invasif qui uniformise les lieux, les assigne à la consommation et réduit les appropriations possibles." [1]
[1] La métropole à la conquête du fleuve. J.K. L’empaillé :https://lempaille.fr/la-metropole-a-la-conquete-du-fleuve